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le mardi a monoprix par la terasse

La terrasse
Crédit : Jean-Julien Kraemer Légende : « Marie-Pierre (Jean-Claude Dreyfus) dans le récit délicat de sa vie. »
Critique / Le Mardi à Monoprix
Michel Didym dirige avec une justesse rare l’éblouissant Jean-Claude Dreyfus dans le rôle subtil de Marie-Pierre, la transsexuelle d’Emmanuel Darley.
De l’eau a passé sous les ponts depuis L’Année des treize lunes (1978) de R. W. Fassbinder. Soit l’histoire du destin cruel et sordide d’Erwin, fils abandonné et garçon dédaigné par celui qu’il aime, devenu Elvira, méprisée dans des sacrifices inutiles. Il n’y a rien de cela - sentiment profond de l’échec et acuité de la douleur -, dans la pièce d’Emmanuel Darley, Le Mardi à Monoprix, que monte délicatement Michel Didym avec l’inénarrable Jean-Claude Dreyfus. L’interprétation de ce monologue à deux voix, un fils volubile rapportant les quelques paroles vociférées par son père, est extraordinaire. Jean-Pierre s’est travesti, est passé d’un sexe de naissance au sexe opposé. Habillé en femme de manière ostensible, présentant les caractères sociaux apparents de la féminité – chignon, maquillage forcé, petite robe à fleurs et talons hauts -, Jean-Pierre est Marie-Pierre, dotée des caractères naturels féminins fabriqués, telle une poitrine avantageuse. « Je suis comme je suis. Telle quelle et voilà », dit la dame, assumant le plein épanouissement d’une personne paisible et royalement sereine. C’est pourtant dans l’anxiété qu’elle se rend, vacillante, chez son père, toutes les semaines : « Depuis que maman a passé et que seul il est. À ne rien vouloir faire… N’a jamais rien fait oui commandant qu’il était en ce temps-là de tout temps tant qu’elle était encore là… »

Chaos des émotions

Marie-Pierre fait le ménage et la « petite bonne femme » devant un père viril qui ne s’habitue pas à l’évidence. Entre plaisir et souffrance - le monde entier, la clientèle et les caissières dans le magasin, la regarde -, Marie-Pierre fait les courses à Monoprix à distance bien marquée de son père. Indépendante en ville, la visiteuse souffre aujourd’hui du déni paternel à « la » reconnaître. Comment dire son bonheur d’être là, simplement, auprès de lui ? L’écriture de Darley, sommaire et travaillée, traduit de façon pénétrante l’état d’âme de Marie-Pierre dont les méandres déliés du sentiment et de la réflexion suivent un long cours lumineux. Le plaisir du spectateur est entier devant la sincérité endossée par Dreyfus, un personnage grotesque de gay-pride transcendé par le contrôle et la pudeur, l’aisance et l’humeur enjouée du comédien. L’acteur joue gracieusement des bras et des mains, passe d’une voix féminine à la voix tonitruante masculine, lance des œillades au contrebassiste Philippe Thibault qui l’accompagne dans le chaos impressionnant de ses émotions. Une dénonciation pétillante du refus de la différence et du comportement machiste, en général.

Véronique Hotte
Le Mardi à Monoprix, d’Emmanuel Darley ; mise en scène de Michel Didym. Du 17 septembre au 23 octobre 2010. Du mercredi au samedi à 20h, mardi à 19h, matinée le samedi à 16h. Théâtre Ouvert Jardin d’hiver – 4 bis Cité Véron 75018 Paris. Tél : 01 42 55 55 50. Durée : 1h10

Infos pratiques :


Article imprimé à partir du site www.journal-laterrasse.fr / Copyright© 2007
Auteur Véronique notte
Publication la terrasse
Date Octobre 2010

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